Le paradoxe de nos envies
Il y a un an maintenant, nous avons fait le choix de quitter la ville pour la campagne. Une décision dictée par une envie d’espace, de liberté et l’envie de rallier un rythme un peu plus apaisé. Si en comparaison de notre mode de vie cette décision pouvait surprendre, notre recherche en soi était presque un cliché : « grande maison, grand jardin et pas trop de bruits svp ».
Mais sait-on vraiment ce que l’on entend par « grand » ? De quoi avions-nous vraiment besoin ? Le besoin était-il réellement le critère qui acterait notre décision ?
Je ne vais pas faire naître quelque suspens, la réponse à cette dernière question est évidemment non.
Nous cherchions avant tout du cachet.
Les murs en pierre calcaire, typique de la région bordelaise, portés par les fers forgés bleus de cette boucherie réhabilitée,
La configuration presque labyrinthique des pièces et leurs immenses poutres et poulies conservées à l’usage détourné,
ou encore le rayon de soleil qui traverse la verrière au plafond et révèle peu à peu ce jardin dense de végétation,
ont su nous parler : le déménagement était lancé.
3 mois ont passé,
et une nouvelle idée d’habitation a germé.
Alors que nous n’avions toujours pas tous les meubles de la maison, nous avons fait le choix d’investir dans un camion.
Objectif : l’aménager pour partir vagabonder !
Démonstration cruciale des paradoxes de nos envies.
Cette contradiction notable m’a frappé le jour où nous avons ramené à la maison la planche de bois qui nous servirait de plancher pour le van : « Mais nous allons rentrer toute notre vie là-dedans ?! La planche ne fait même pas la moitié du salon ! »
Qu’est ce qui nous prend de vouloir vivre dans un espace de moins de 10m² alors que nous avons opté pour une maison de plus de 200m² il y a quelques mois seulement ?
Qu’est ce qui nous enthousiasme tant dans ce projet du si petit alors que nous emménageons à peine dans si grand ?
L’usage est plus important que la surface
On croit souvent que plus un espace est grand plus on y vit bien. Cette croyance est fortement à nuancer.
Evidemment que la majorité des étudiants locataires d’une chambre parisienne de 9m² mériteraient quelques mètres carrés supplémentaires pour y vivre convenablement. Mais, tous les architectes, tous les adeptes de petits espaces, de tiny house ou de van aménagés, pourront apporter leur lot d’arguments en ce sens :
La surface ne fait pas la qualité.
La surface ne garantit même pas des possibilités.
Chacun peut constater le désarroi que procure une cuisine étriquée dans une pièce pourtant immense. Un mauvais aménagement, un manque d’optimisation, un espace délaissé qu’on ne sait comment occuper, sont autant de freins quotidiens à la fluidité de nos habitudes qui finissent par nous fatiguer.
L’idée que nous avons d’un logement à ce jour n’est pas la bonne.
Tout le monde cherche son logement selon deux critères: la surface et le prix .
La valeur d’un logement ne devrait pas être estimée à une surface mais à un potentiel d’usage.
L’usage révèle le potentiel de la surface.
L’usage assure la qualité.
L’usage traduit une identité.
L’usage comme révélateur d’identité
Alors que le camion est en cours d’aménagement nous expérimentons cette thèse au quotidien.
Les choses que nous apprécions le plus dans le van : ce n’est pas la combinaison de tiroirs ingénieux ou tous ces gadgets que l’on peut voir sur les réseaux qui nous font gagner de la place. Non. Même si toutes ces choses excellent par leur praticité, ce ne sont pas elles qui font réellement la qualité de cette habitation roulante.
La qualité se situe dans la possibilité de posséder un espace optimisé pour des usages qui nous ressemblent, des moments de notre vie dans la maison retrouvés dans le camion.
La cuisine est au coeur de nos moments de vie quotidienne : espace de retrouvailles, de partage et de repas succulents.
La cuisine a été un essentiel dans la conception du van.
1 mètre de plan de travail constamment disponible alors que dans de nombreux vans aménagés le plan de travail se réduit au petit espace restant entre l’évier et la plaque de cuisson.
C’est avant tout la recherche d’un lien fort à la nature et à l’extérieur que nous recherchions avec le projet du van.
Nous avons choisi une maison dans laquelle les ouvertures sur l’extérieur sont multipliées, où les fenêtres s’ouvrent exclusivement vers la nature malgré la présence de voisins.
Je vous ai dit que le cachet a été l’argument central de notre recherche d’habitation.
Mais chacun a sa définition de l’atypique et du cachet.
Pour nous, cela se traduisait surtout par la recherche de matériaux bruts telle que la pierre omniprésente de cette maison.
On aurait pu choisir quelques chose de plus simple pour l’aménagement du van, mais nous avons opté pour du lambris afin de retrouver dans le camion toute la chaleur que promet un bois brut et ses veines apparentes.
L’idée n’était pas que le van devienne une copie miniature de notre habitation, mais bien d’y retrouver les usages et habitudes caractéristiques de notre maison.
Car habiter ne se résume pas une surface,
C’est un assemblage de formes,
C’est un dialogue entre matériaux et couleurs choisies,
Ce sont des habitudes de vie et des moments de partages,
C’est un éclat de rire et un moment de lecture dans le rayon de soleil.
Habiter est une identité.

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