Chaque rythme répare le précédent – jusqu’à ce qu’un nouveau s’impose.
L’attente : la boucle infernale du quotidien
Penser à racheter du riz, emmener le chat chez le vétérinaire, anticiper les déplacements, appeler mamie, finir de repeindre le couloir, envoyer ce dossier, …
Tant de pensées chaque jour à hiérarchiser, traiter, archiver.
Et chaque jour nous comptons les jours :
Plus que 2 semaines avant les vacances.
Telle la récompense tant attendue d’une période laborieuse,
Comme si nous subissions presque ce rythme quotidien qui représente pourtant la majorité de notre année.
Comme si ce rythme me dépassait alors que j’oublie que je l’ai en partie choisi :
Je pourrais ne pas me rendre à ce déplacement,
Je pourrais me faire livrer les courses,
Je pourrais ne pas repeindre le couloir en vert, après tout ce bleu n’est pas si mal.
Je pourrais mais je ne le fais pas.
Je ne le fais pas car l’effort demandé pour modifier un choix me semble trop important,
ou parce que, malgré les efforts qu’elle me demande, cette décision me tient suffisamment à cœur pour que j’accepte de l’ajouter à la liste interminable des choses auxquelles je dois penser.
Alors la spirale continue :
Prendre des nouvelles des voisins, envoyer la déclaration d’impôts, ne pas louper le train,…
Deux semaines passent.
Pause.
La délivrance : sortir du rythme imposé
Vendredi 18h la porte du bureau se ferme et la respiration est totale.
L’impression de sortir de cette spirale du quotidien devient palpable alors même que j’entre dans celle des vacances.
Voir mes amis, prendre le soleil, faire les bagages, faire tout ce que je n’ai pas le temps de faire d’habitude.
La pause n’aura été que de courte durée.
Pourtant cette nouvelle spirale me rend joyeuse, légère.
J’appelle mamie entre deux t-shirts ajoutés à la valise.
Et finalement, cette surcharge que je ressens chaque semaine vient peut-être moins du nombre de tâches que de l’impossibilité de les combiner, les assembler ou les organiser comme je l’entends.
Une fois la contrainte quotidienne de huit heures de travail levée,
la densité reste,
le poids du nombre de tâches disparaît.
Pourtant, moi la fille dynamique aux idées incessantes, je sais très bien que cette densité m’anime justement. Alors pourquoi ai-je si souvent l’impression d’être emportée dans cette spirale quotidienne ?
Densité et rythme imposé ne sont pas synonymes.
Ce n’est pas tant le nombre de tâches, que le fait de pas être maîtresse de mes propres actions qui me pèse. Je peux avoir choisi chacune de ces tâches, y tenir profondément, et pourtant ne pas avoir l’énergie de les accomplir au moment où elles s’imposent à moi.
Et je crois que le paradoxe du quotidien est là.
On pense que c’est faire beaucoup qui nous fatigue.
On dit qu’on a besoin de ralentir.
Ralentir.
On ne dit pas que l’on souhaite faire moins, ou que l’on essaie en vain de renoncer à certaines tâches.
Non.
On évoque le rythme.
Cette cadence qui ne s’accorde pas toujours à notre énergie disponible.
Les vacances, elles, ouvrent le choix du rythme.
L’itinérance : revenir à l’essentiel
Les vacances apportent avec elles ce petit lot d’excitation lié au départ. Celui de prendre la route, sortir des lieux du quotidien, s’ébahir devant des petits bouts d’ailleurs.
Un regain d’énergie provoqué par une accumulation de nouveautés.
Le van est chargé.
C’est parti.
Nous avons longtemps oscillé entre vacances en itinérance et vacances « classiques » avec un point de repère. La première option a vite gagné.
Pourquoi ?
Sentiment de liberté, découvertes quotidiennes, opportunité de découvrir des espaces plus reculés.
Et surtout : aucun rythme imposé.
Pas de « clefs du logement à récupérer à partir de 16 h »,
pas de « vous devez libérer la chambre avant 10 h ».
Et paradoxalement, un nouveau rythme qui ne semble pourtant pas être le mien qui s’impose rapidement.
Le rythme des essentiels.
Faire le plein d’essence, anticiper les courses, trouver de l’eau, choisir un endroit où s’installer pour dormir.
Chaque jour la même cadence qui revient.
Je ne dirais pas que ce nouveau rythme est léger : il est contraignant, parfois limitant même.
Pourtant il n’a pas le même poids.
Il a la qualité du choix évident :
« Avons-nous assez d’eau pour tenir la journée ? »
Oui, Non. Réponse factuelle, solution objective.
La contrainte est forte mais sa charge est bien plus légère que les questions auxquelles je dois me confronter habituellement :
« On va boire un verre ce soir tu viens ? T’inquiètes on ne rentre pas tard, tu pourras terminer ton dossier demain »
Il n’y a pas de bonne réponse à cette question :
si je vais boire un verre alors je serai encore plus fatiguée et je ne finirai pas mon dossier,
si je vais dormir alors je n’aurai pas vu mes amis ni terminé ce dossier,
si je termine mon dossier je n’aurai vu ni mes amis ni mon lit.
A chaque instant le quotidien m’écartèle entre toutes ces choses dont j’ai envie ou que je dois faire.
Et je supporte le poids de mes propres frustrations.
Loin de cette accumulation de sollicitations, je ne suis confrontée qu’à mes envies et à ce besoin d’eau auquel je ne peux échapper.
Alors à chaque instant je savoure :
le plaisir de ce panorama que le détour de 10 min pour récupérer de l’eau ne ternira pas,
ce rayon doré qui éclaire la crique pour réveiller le van.
Liberté.
Et chaque jour nous comptons les jours :
Pas ceux qui arrivent mais ceux qui sont passés cette fois.
Comme si l’on redoutait le bout du chemin qui nous ramènera à notre rythme du quotidien,
En s’avouant difficilement que nous comptons aussi les jours par hâte de retrouver ce cocon quotidien.
L’apaisement : rentrer à la maison
« Rentrer à la maison »
ça n’a jamais été simplement retourner dans ce lieu que l’on appelle la maison.
C’est au-delà de cela.
C’est retrouver un foyer, un endroit qui nous réconforte, qui nous ressemble.
C’est les odeurs de cuisson et les livres du salon.
C’est puiser notre assurance dans cet environnement que l’on connaît par cœur, dans ces visages que l’on reconnaît dans la rue.
L’itinérance amplifie ce sentiment.
Parce que quitter volontairement notre confort pour assurer un sentiment d’aventure donne au retour une toute autre valeur :
retrouver nos habitudes, nos objets, mais aussi une douche, un vrai lit.
Enfin.
En réalité, l’apaisement ne dépend pas de ce confort matériel.
Il vient de la familiarité,
de la possibilité de ne pas porter la décision de chaque petite chose.
Je n’ai pas besoin de décider où dormir ce soir, quoi visiter, que faire de ma journée.
Les habitudes prennent le relais,
le rythme du quotidien s’impose comme une routine réconfortante.
Jusqu’à quand ?
Et alors que je pense déjà à repartir,
Sans même m’en apercevoir, la boucle a déjà recommencé :
attente,
délivrance,
itinérance,
apaisement.
Chaque soulagement cède la place à un besoin rupture qui appelle le rythme suivant.
Toujours.

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